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08/08/2011

Les princes de l'ailleurs.

L' AVANT-SCENE, théâtre n° 909 - mai 1992 -

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Il n'y a pas hélas, un seul monde sur terre mais plusieurs, certains étant des oiseaux migrateurs tandis que d'autres vivent en cage et la communication est difficile entre les deux espèces.

L'action a pour lieu unique une plage entourée de dunes ... Deux enfants d'une dizaine d'années chacun sont attirés vers ce lieu car à proximité, s'est installé un camp de gens du voyage comme on les nomme quand on veut à la fois être précis tout en restant dans le vague … Dalila qui n'a rien ici d'une femme fatale est sur le point de se marier avec Santiago et connaît les affres de toute pucelle à la veille du mariage. D'autant que chez eux, la loi est stricte : une femme s'engage pour toute la vie,  pas comme ces gens de la ville chez qui le divorce est courant.

Symboliquement du reste, Santiago passera une corde au cou de sa fiancée en lui disant, " ... je te fais aujourd'hui gardienne unique de mon âme et fleur unique de ma vie. " phrase qui peut faire sourire les citadins que nous sommes ...  

Il s'ensuivra une remise de cadeaux, chacun accompagné d'un petit bouquet afin de souligner l'intention. Les trois familles sont ici représentées : gitans, manouches et roms, tous tziganes et à ce titre " seigneurs de l'univers des champs et des forêts " ( la liste n'est pas exhaustive.)

Or, pour consacrer l'union des deux jeunes gens, la présence du sage Cristo el Pouro est requise. Seulement, voilà ! … où est-il passé ? L'homme a disparu et sans lui la mère de Dalila qui connaît la coutume pourtant et les paroles à prononcer, s'y refuse car hors lui, rien n'est possible. 

Surviendra un ami, le maître d'école sorte de courroie de transmission entre les gadjé et tous ces nomades. La police n'est pas loin ainsi que la menace qu'elle représente, mais l'homme a réussi à les éloigner. (un temps) - Alors comme il faudra retrouver celui sans qui la cérémonie ne peut avoir lieu, l'instituteur et le fiancé partiront à sa recherche ce qui demandera beaucoup de temps et le désespoir envahira la fiancée qui attend le retour de son promis. Je ne vous raconterai pas la fin qui se veut aussi imprécise qu'onirique.

Ensuite à vous de vous laisser porter par la poésie d'une existence si différente de la nôtre, pauvres sédentaires que nous sommes.

 

 

ENTRETIEN avec l'AUTEUR -  

S.A. -  A nouveau, dénoncer les injustices subies par un peuple me semble avoir été votre démarche en écrivant cette pièce, pouvez-vous me le confirmer ?

 

R.P.- J'avais depuis longtemps essayé de réfléchir, de tenter de me donner quelques réponses même provisoires à ce qui fait qu'un être humain peut se mettre parfois en quête du sens de la vie et du sens de l'espace. En ce qui concerne ce dernier il m'est apparu que les tziganes étaient comme les fils du Vent donc de l'espace. J'avais conçu une histoire autour de ce thème quand j'ai rencontré Denise Schropfer animée de ces mêmes préoccupations et nous avons fusionné (si je puis dire) nos imaginaires. Mais de mon côté il y avait aussi la connaissance du martyre des tziganes pendant la dernière guerre, de la mort de 500 000 d'entre eux dans les camps nazis. Voilà ce qui a présidé à l'écriture des Princes joués à l'I.F.M. d' Etioles, à Evry et au festival d'Avignon en 1992.

 

S.A. - Nous assistons ici à une histoire d'amour contrarié avec pour toile de fond, le mode de pensée de tout un peuple. Avez vous réellement rencontré cette communauté ?

 

R.P. - Des roulottes de bohémiens (ainsi les appelait-on) passaient parfois dans mon village de Dordogne au temps de mon enfance, et j'ai rencontré à deux ou trois reprises leurs enfants. Leurs parents avec des fibres d'osier et des branches de noisetier fabriquaient des paniers qu'ils vendaient sur les marchés. Ces enfants avec lesquels j'avais échangé à l'insu de leurs parents et des miens n'avaient probablement rien d'exceptionnels mais moi qui ne quittais jamais mon village je trouvais extraordinaire cette façon d'aller sans cesse vers l'ailleurs. Ma pièce si elle est un hommage à ce peuple est en vérité un conte théâtral sur la liberté du voyage et le droit au refus de la sédentarisation.

 

S.A. - Selon vous, l'humanisme est il utopique ?

 

R.P.- Vaste débat philosophique ! Je dirai simplement que c'est pour moi le constant souci de développer le meilleur de soi et d'offrir ce meilleur aux personnes avec lesquelles on vit (je ne parle pas seulement de nos proches) et à tous ceux que l'on est appelés à rencontrer. Tolérance, respect de l'autre sont possibles. Mais quand on sait ce qu'il y a de violences voire de barbarie en l'homme, souvent incontrôlés il y a danger pour l'utopie, incarnation du meilleur de l'humain. 

 

 

10:35 Publié dans THEATRE | Lien permanent | Commentaires (0)

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